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Diapason
n° 541 (Novembre 2006)
Steigleder - Complete
Organ Works
Léon Berben a choisi l'orgue
de Lüdingworth (Antonius Wilde, 1598/1599, Arp Schnitger,
1680/1683, restauré en 1981/1982 par Jürgen
Ahrend) pour y graver l'uvre de Steigleder, musicien
trop peu enregistré au regard de la qualité
de ses compositions. La sonorité de l'instrument,
austère et flamboyant à la fois, cadre admirablement
avec le style des uvres de Steigleder, singulièrement
avec le cycle monumental de variations sur Vater unser.
Les douze Ricercari, un peu plus retenus, peuvent
s'apprécier séparément, et même
dans le désordre, ce qui est moins vrai pour les
variations. Antérieurs à ces dernières
(1624), ils en sont un peu la préfiguration : animation
des traits, liberté rythmique, souplesse et virtuosité.
Le chef d'uvre reste cependant ce Vater unser
: comment égrainer quarante variations sans fatiguer
l'attention de l'auditeur? Martin Gester, dans la seule
autre version disponible, saluée par un Diapason
découverte, avait, conformément aux recommendations
de Steigleder, introduit dans quelques variations des instruments
ou des voix. Rien de tel ici, mais la magie de la rencontre
entre un compositeur, un instrument et un interprète.
Chaque pièce est particulière, par le nombre
des voix (2, 3, 4), par le style, au contrepoint savant
et agrémenté de traits de virtuosité,
usant de l'augmentation, de la diminution, de libertés
rythmiques, ornementant le thème à l'occasion.
Le tout exprimé par un Léon Berben fusionnel,
traduisant supplications, repentance, joie, fureur, force
et tendresse, utilisant des registrations inventives, variées,
réfléchies, un jeu méticuleusement
articulé, grâce auquel aucune voix ne manque
à l'oreille. On peut tout juste estimer que, de temps
à autre, le cantus firmus est un peu martelé,
surtout dans les basses, trop éloigné de la
respiration d'un chant choral. A l'écoute se profilent
les Buxtehude, Pachelbel et Bach (Art de la fugue, Passacaille).
Nous avons ici « l'art du contrepoint »
par Steigleder!
Pierre Dano
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