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Diapason
n° 564 (Décembre 2008)
Joan
Cabanilles - Tientos,
Pasacalles y Gallardas
La production pour orgue de Cabanilles
est riche en nombre et en qualité, diversifiée, apte à mettre
en valeur les plus beaux instruments espagnols, et malgré
cela bien rare au disque : peu de nouveautés concluantes
sont apparues depuis l'enregistrement superbe de Willem
Jansen (Hortus, Diapason d'or). Autant dire que par le choix
même de son programme, Léon Berben affirme la justesse de
ses intuitions et la singularité de son talent, notamment
dans sa capacité à assumer le format de cette musique (la
plupart des tientos sont longs et exigeants) en maintenant
une qualité de jeu et de concentration sans faille.
Déjà saluée à l'occasion d'un disque Byrd (Diapason d'or,
cf. n° 552), sa maîtrise technique est évidente : diminutions
fluides, tierces parallèles de main droite articulées, toucher
contrôlé au point que les chamades parlent sans aucune bavure.
L'instrument contribue également à la réussite du projet
; depuis le profond flautado (un principal ample et très
polyphonique) jusqu'au llenos et autres mélanges de mutations
dont Berben sait parfaitement doser les composantes, toutes
les saveurs de l'orgue espagnol sont déclinées dans les
limites (jamais perceptibles !) d'un clavier unique à octave
courte. Berben met à jour les sources multiples du style
de Cabanilles, à la fois familier (dans son ordonnancement
polyphonique) et déroutant (pas seulement par les registrations
rauques des quiebros), instrumental (par sa virtuosité)
autant que vocal (par son introduction d'ornements empruntés
au stile nuovo en provenance de l'Italie). Ces éléments
sont fondus dans un ensemble d'une grande cohérence, et
c'est par sa capacité à unir la polyphonie, mère de toutes
les musiques d'Amsterdam jusqu'à Naples, et ses inflexions
locales que Berben renoue certainement avec l'esprit qui
anima Froberger et les autres claviéristes voyageurs du
xvne siècle. Aussi curieux et respectueux que ces aînés
de la différence apprise grâce à la rencontre musicale,
Léon Berben marche pour notre plus grand bonheur à leur
suite.
Xavier Bisaro
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